Le stoïcisme et le christianisme sont-ils compatibles ?
Le stoïcisme est l’une des premières philosophies grecques antiques. Si on souhaitait définir cette philosophie en quelques phrases, on pourrait dire qu’il s’agit d’une philosophie de discipline. Son but premier est de trouver le bonheur en suivant une morale stricte et en faisant abstraction des émotions et des souffrances, car ils ne sont que des problèmes à s’affranchir. Il y a de quoi séduire ici. Nous voyons depuis récemment un regain de vie de cette philosophie auprès des jeunes. On retrouve cet éloge de la discipline et du contrôle des émotions dans beaucoup de cercles de développement personnel pour hommes ou bien des Youtubeurs philosophes tels que Cyrus North.
Quand on y réfléchit, ce n’est pas étonnant. Cette philosophie permet à des hommes et des femmes de mettre en place des actions précises et de voir une amélioration rapide de leur santé mentale. Il permet aussi de trouver une explication à nos problèmes. Je me sens triste parce que je porte trop d’importance à mes sentiments ou si je veux devenir un vrai homme je dois apprendre à mieux contrôler mes émotions.
Ce qui est intéressant est que le stoïcisme était très présent lors de l’écriture de la Bible. Cette philosophie (ainsi que d’autres) a eu de l’importance dans le monde où Jésus et Paul ont effectué leur ministère. Certains passages dans le Nouveau Testament font clairement référence aux philosophies influentes dans la culture populaire de l’époque. Mais à mon avis, et ce sera la thèse de cet article, la philosophie stoïcienne n’est pas présenté dans la Bible comme étant compatible avec le christianisme. Pour étudier cette question, je propose une étude en trois étapes. Nous commencerons par regarder les différentes références au stoïcisme dans la Bible, puis nous ferons une étude systématique des dogmes stoïques en dialogue avec la doctrine chrétienne, et finalement nous montrons en quoi le christianisme se propose comme une solution alternative à la philosophie stoïcienne.
Avant de commencer notre étude, je souhaiterais simplement dire que je ne suis pas philosophe, je suis simplement un étudiant en théologie qui souhaite creuser ce sujet et de savoir si cette philosophie est compatible avec la théologie chrétienne.
Le stoïcisme dans la Bible :
La plupart des versets qui font dialogue avec le stoïcisme dans le Nouveau Testament sont dans les écrits de Paul.
Certains théologiens tels que Runar M. Thorsteinsson de l’université de Lund en Suède affirment que la base éthique du christianisme que Paul propose dans Romains 12-15 est à lire en dialogue avec l’éthique stoïque. Cela n’est pas surprenant considérant le contexte dans lequel Paul a écrit cette lettre. Il l’écrit à des chrétiens à l’endroit et au moment où le stoïcisme avait le plus d’influence. Traiter cette question dans cette jeune église semble primordial. La grande différence entre le stoïcisme et le christianisme dans ce passage est l’existence du Christ. En effet Paul utilise un vocabulaire très proche de celui utilisé par les philosophes stoïques tout en l’utilisant dans un contexte chrétien.
Lors de son discours sur l’aréopage en Actes 17.16-34. Paul parle à des philosophes stoïques et épicuriens en présentant la religion chrétienne tout en trouvant des points d’accroche, notamment le fameux Dieu inconnu au verset 23. On voit dans ce passage la religiosité de ces philosophies et comment Paul y voit des points d’accroche avec le christianisme. Les philosophes du stoïcisme religieux ont compris quelque chose d’après Paul, mais l’arrivée de Christ est quelque chose d’assez important pour remettre en question leurs dogmes. De plus on observe que son discours en Actes 17 est très proche de son introduction de la lettre aux Romains aux versets 18-23. En fait on voit ici que Paul ne prend pas exactement le stoïcisme en exemple, mais plutôt il critique sa raison d’être. À quoi sert cette philosophie si sa finalité est fausse ? Paul ici admire la moralité et la dévotion des adhérents, mais plutôt que de critiquer le fondement de la doctrine, il montre à quel point le Dieu des juifs est en réalité le Dieu qu’ils recherchent.
Le prochain passage que nous étudierons est 2 Corinthiens 11.16-30. Ici Paul fait la liste de toutes les persécutions qu’il a reçue. Paul n’utilise pas les exemples de ses souffrances pour montrer comment il a réussi à en faire abstraction, mais à l’inverse Dieu lui a permis d’apprendre l’humilité à travers ses souffrances.
Ce que j’essaie de vous montrer à travers ces quelques paragraphes est que Paul semble dialoguer et corriger la philosophie stoïque en lien avec la religion chrétienne. Paul montre à des moments qu’il est prêt à accepter certaines facettes de cette doctrine, mais à d’autres moments le raisonnement qu’il propose semble différer grandement des conclusions qu’aurait un penseur stoïque. Dans le reste de cette étude, il faut bien tenir compte de cet enjeu. Pas tous l’ensemble du stoïcisme n’est à jeter, mais dans son évaluation il faut faire la part de trouver ce qu’on doit garder et ce qu’on doit jeter.
Stoïcisme et doctrine chrétienne :
Dans partie nous comparerons la doctrine stoïque avec chrétienne.
La première différence que nous voyons entre le christianisme et le stoïcisme est que la religion chrétienne ne permet pas de prendre complètement en compte les émotions. D’un côté le stoïcisme est correct en affirmant que l’être humain n’est pas fait pour subir des émotions, mais d’un autre côté nous ne sommes pas faits non plus pour en faire abstraction. Si nous prenons l’exemple de Jésus qui dans les Écritures est décrit comme l’homme par excellence. Ce dernier n’a pas fait abstraction de ses émotions, plutôt nous retrouvons l’image d’un Jésus émotif, qui subit les souffrances qui lui sont infligées. Nous voyons un Jésus qui pleure, qui est proche des gens qui l’entourent. L’épisode du jardin de Gethsémané (Matt. 26.36-45) ne nous montre pas du tout un Jésus stoïque.
Mais d’un autre côté, Paul semble proche de certaines des idées stoïques sans y adhérer complètement. Paul est sensible à ces idées sans pour autant les accepter complètement. Il travaille dans un cadre stoïcien pour expliquer l’Évangile, mais il montre en quoi le stoïcisme est finalement différent de ce que représentait Jésus et comment devrait être vécue la vie chrétienne.
La nuance que le christianisme apporte sur la question des souffrances n’est pas qu’il faut passer outre, mais justement le christianisme montre à la fois que le problème de la souffrance est absurde, mais il permet aussi aux humains de grandir dans l’humilité et dans la confiance en Dieu. Affronter et traverser le mal à un but ultime.
Le christianisme est-il une alternative au stoïcisme ?
Le christianisme permet au chrétien de vivre pleinement les émotions. Pourquoi, parce que la source, la racine de ses émotions n’est pas dans l’être même, mais dans Dieu créateur. Tout ce que l’humain vit nous pointe vers le Père créateur, vers le Fils qui est mort pour nous à la croix et l’Esprit qui nous donne la vie. En fait aucune émotion n’est mauvaise en soi, si elle nous pointe vers le Dieu trinitaire. Nous avons le droit d’être joyeux si cette joie est dirigée vers le Dieu qui nous offre ce sujet de reconnaissance, nous avons le droit d’être tristes ou énervés si ces émotions sont dirigées vers Dieu. La condition humaine qui résulte du péché nous met inévitablement face au problème du mal. La vie chrétienne n’est pas dépourvue d’émotions. Mais nous ne devons pas tomber dans les extrêmes de soit être guidé par ces dernières, ni de vivre en y faisant abstraction.
Dieu veut que ses disciples grandissent en relation avec lui, il fait cela au travers de nos tristesses, de nos épreuves, de nos doutes, mais aussi au travers de notre joie et de notre gratitude. L’alternative que le christianisme donne au stoïcisme est que la paix n’est pas trouvée en formant autour de nous une carapace protectrice, mais en vivant la vie pleinement. En ayant toujours Dieu en ligne de mire.
En conclusion j’aimerais citer CS Lewis dans son livre Lettres à Malcolm (1964). Il affirme qu’il faut que notre « pensée remonte le rayon de soleil jusqu’au soleil ». En effet il faut lutter contre l’envie humaine de voir les sujets de joies et les problèmes comme tels, mais à l’inverse à travers ces éléments que nous soyons toujours remémorés de l’existence et de la présence de Dieu dans nos vies. Seulement à travers cela pourra nous trouver la paix.hugo
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Auteur: William Farelly
Publié le: 20 juin 2024