Musique 29 avril 2024

Only God was Above us - Vampire Weekend

Ce nouvel album de Vampire Weekend, groupe de Rock alternatif américain, est un retour dans le passé. Plus exactement un retour à New York dans les années 80.
Cet album est aussi un retour en arrière pour leur groupe, qui après avoir sorti leur double album Father of The Bride qui s’est en écarté de leur style original. Cet album est signe d’une prise de maturité de la part du groupe. Se détachant en grande partie de leur critique de la religion dans Modern Vampires of the City et la thématique de la vie des jeunes adultes qui sont traités dans leurs trois premiers albums. Les thématiques principales qui ressortent de ce nouvel album sont celles de la séparation, la société en changement, mais aussi de l’espoir. Ezra Kœnig, le parolier du groupe à récemment eu un enfant avec sa compagne, l’actrice Rashida Jones (que les fans de The Office connaîtront sûrement). Cet évènement à très certainement joué un rôle dans la prise de recul de l’auteur.
Cet album est un voyage mélodique. Le groupe a pris l’inspiration d’un grand nombre de genres musicaux tels que le Jazz, le Ska, le Rock et la musique classique pour donner à cet album un son aussi original qu’apaisant. Je n’exagère pas quand je dis voyage. En 47 minutes l’album nous fait ressentir un grand nombre d’émotions. Que ce soit le paysage mélodique de Ice Cream Piano, la dissonance intense de Capricorn, ou le calme mélodie de Hope qui vient conclure l’album. Cet album vaut le coup rien que pour les la richesse instrumentale créée par le groupe.
Mais c’est sur le plan des paroles que l’album sort vraiment du lot. L’album commence sur le thème de la guerre. La nouvelle génération critique l’ancienne, à cause des mauvais choix qu’elles ont faits. Ces différentes critiques placées dans leur contexte sociopolitique des années 80 sont une mise en abîme par rapport à notre contexte actuel. Il montre dans un premier lieu que la période que nous traversons n’est pas si différentes que les grands changements qui ont eu lieu dans les années 80 aux États-Unis. C’est le thème de la rébellion qui domine la première partie de l’album, mais celui-ci devient petit à petit désespoir. Ce sentiment de manque de contrôle, d’impuissance face au monde autour est reflété dans le refrain de Capricorn : « Too old for dying young, too young to live alone » (« Trop vieux pour mourir jeune, trop jeune pour vivre seul »). Le parolier est dans un moment de sa vie où le sentiment de vivre une aventure semble dépassé, mais cette folle joie qu’accompagnait la jeunesse semble disparue avec.
La deuxième partie de l’album est beaucoup plus introspective que la première partie de l’album. Il met ce qu’il a dit dans les six premiers morceaux en perspective. Il avance que chaque génération doit des excuses à celles qui la suivent. Ce fonctionnement est pour le groupe la marque de fabrique de la société.
L’album se termine sur un triptyque. Trois chansons qui servent de conclusion à cette odyssée. Mary Boone est une chanson d’adieu à une femme que la narratrice a un jour aimé. Le changement dû à la maturité qu’amène l’âge les a séparés. Alors que le chanteur semble se détacher d’une vie matérialiste, Mary, elle semble rester attachée à cette jeunesse. Il l’appelle donc à changer et se rappeler du passé, mais aussi de grandir. Cette chanson est marquée par un air mélancolique. L’un d’eux veut rester dans le passé alors que l’autre est en train de grandir.
La pénultième chanson de l’album intitulé : Pravda raconte l’histoire d’un jeune qui essaie de trouver sa place dans le monde. Bien conscient de sa mortalité et de la mémoire que le monde aura de lui. La chanson parle aussi de la relation dichotomique du capitalisme de l’ouest et le communisme qu’on retrouvait à l’est. En faisant cela, il remet encore une fois une perspective dans la société actuelle. La division politique des pays n’est pas quelque chose de nouveau.
La dernière chanson, Hope, sert de conclusion. C’est une fin satisfaisante à ce parcours. Les paroles reprennent beaucoup d’éléments marquant des années 80, démystifiant cette période marquée pour beaucoup comme l’âge d’or des États-Unis. Ezra Koenig avance dans ce morceau des éléments négatifs de cette décennie pour montrer que l’Amérique de Reagan n’était pas parfaite que dans nos mémoires. De plus il montre que beaucoup des problèmes qu’on retrouve dans la société américaine aujourd’hui sont une conséquence directe des excès faits lors de cette décennie (notamment la division entre les républicains et les démocrates). Mais le leitmotiv qui revient à la fin de chaque strophe est la phrase « You have to let it go » (« Il faut laisser tomber »). Il exprime ainsi le besoin que pour avancer il faille laisser tomber nos divisions et nos critiques des autres générations.

Conclusion et réflexion

Cet album est pour moi un coup de cœur, probablement mon album préféré de l’année jusqu’à présent. Les thèmes qui y sont traités, cet album sert de toile pour l’expérimentation musicale du groupe et je ne suis pas près de m’en lasser. Les thèmes de la nostalgie et la prise de maturité y sont extrêmement bien traités. Je pense que dans la société où nous vivons, les divisions inutiles à cause de la politique et de la différence entre les différentes générations sont un problème de plus en plus grand. La séparation des séniors et des jeunes est un phénomène que j’observe de plus en plus. Pour vraiment vivre l’Église tel que Jésus l’a voulu il faut que nous apprenions à nous rassembler, peu importe nos âges, cultures, milieu socioculturel, etc. Cet album fait une apologie de cette idée et nous encourage à la réflexion et au pardon.
En bref, Vampire Weekend a réalisé à travers cet album un brillant mélange de merveilleuse musique et de texte très bien écrit pour produire un album qui j’espère sera reconnu comme un classique du rock alternatif.

Copyright: Attribution-NonCommercial-ShareAlike 4.0 International (CC BY-NC-SA 4.0)

Auteur: William Farelly

Publié le: 29 avril 2024