Jeux Vidéos 7 juin 2024

Doute, Combat spirituel, ce qu’Indika peut nous apprendre sur la vie chrétienne

Indika est un jeu d’aventure à la troisième personne développé par le studio russe Odd Meter sorti le 2 mai 2024. Il raconte l’histoire d’une religieuse orthodoxe dénommée Indika qui entend une voix néfaste dans sa tête depuis qu’elle est petite. Le jeu commence dans un couvent orthodoxe en Russie, où notre protagoniste est la risée de toutes les autres sœurs. Cette situation initiale montre qu’il y a une séparation entre la vie comme elle est censée être vécue dans le couvent et la réalité. On se rend donc rapidement compte que ce jeu va être une critique de l’Église orthodoxe et/ou de la religion chrétienne. Après un court tutoriel ou le jeu nous introduit à un système ou plus nous faisons des taches, plus nous gagnons des points de foi qui nous permettent de monter en niveau, Indika est chargée de délivrer une lettre scellée à un autre couvent. Cette tâche va permettre à Indika de sortir du couvent et aussi d’explorer le monde qu’elle n’a pas pu voir depuis qu’elle est rentrée dans le couvent.
Le monde qu’elle va découvrir à sa sortie est un monde frappé par la guerre et la destruction. Dans le premier acte du jeu, nous ne rencontrons presque aucun personnage et tous les villages que nous traversons sont abandonnés. La guerre fait des ravages et le jeu fait un bon travail pour montrer cela à travers les paysages et l’ambiance générale. Elle se lie d’amitié avec un fugitif récalcitrant dénommé Ilya qui a un bras névrosé à cause d’une engelure. Ce dernier lui annonce qu’il a reçu un message de la part de Dieu que son bras sera guéri s’il passe devant le « Kudets » une relique qui aurait des propriétés miraculeuses. Indika met la lettre au second plan pour aider son nouvel ami à trouver la guérison. L’amitié de ces deux personnages est ce qui va donner à ce jeu son charme. D’une part on a une belle religieuse, habillée dans sa robe, couverte en entier, de l’autre on a un homme couvert de cicatrices, d’une classe sociale inférieure, avec un bras paralysé et une apparence pâle. Tout au long du jeu, les dialogues entre les deux personnages montre une évolution dans les réflexions de chacun des deux.
Ces discussions portent sur l’absurdité de la foi. Indika est en plein doute, elle trouve la religion injuste et illogique. Ilya lui tient ferme à la bonté de la religion. Même si les éléments semblent difficilement réconciliables, il s’efforce de mettre sa foi en un Dieu qui est parfait. Ainsi les rôles sont inversés, la religieuse joue l’avocate du diable alors que le fugitif devient un apologète. Tout au long du jeu, Indika passe à travers des moments de doutes intenses. Ses « combats spirituels » sont caractérisés par des passages dans le jeu où le terrain devient rouge et se détruit et redevient normal lorsqu’elle se met à prier. Dans le jeu, alterner entre les deux modes de terrain permet à Indika d’avancer dans le niveau. On remarque ici ma première critique (théologique) du jeu. Il semble entrer dans la philosophie de certains romans comme Le Maître et Marguerite de l’écrivain russe Mikhaïl Boulgakov ou plus récemment De bons présages de Neil Gaiman et Terry Pratchett (qui a été récemment été adapté en série par Amazon prime au nom de Good Omens). Ces deux livres mettent en avant une philosophie à la mode qui veut que le mal soit complémentaire au bien, qu’il ne puisse pas y avoir de lumière sans l’existence de ténèbres. Cette façon de relativiser le mal est contraire à la doctrine chrétienne, qui affirme que le mal est pleinement mal et le bien et pleinement bien. Cependant la doctrine chrétienne claire sur ce sujet, Dieu n’a pas besoin de Satan pour être parfaitement bon.
Le deuxième acte du jeu est marqué par la démesure, les deux amis arrivent après de nombreuses péripéties dans une usine de caviar, puis dans la ville de Spasov. Dans l’usine Indika est forcée d’amputer le bras névrosé d’Ilya parce qu’il menaçait fortement sa santé. Ce dernier voit en cet acte un refus de croire de la part d’Indika et s’énerve contre elle. La religieuse ne comprend pas cette situation, comment est-ce que Dieu aurait pu demander quelque chose qui l’aurait fait mourir. En sortant de l’usine, on voit que les deux héros se retrouvent dans la grande ville de Spasov. Cette ville est fortement marquée par la religion orthodoxe. Mais pas dans le bon sens du terme, les monuments religieux donnent à la ville un aspect froid, moribond. C’est aussi là que se trouve la fameuse relique qui est censée accorder à Ilya la guérison de son bras, et Indika la délivrance de la voix dans sa tête.

Attention le paragraphe suivant divulgâche la fin d’Indika, si vous souhaitez y jouer par vous même il est préfférable de se garder la surprise !

Après ce voyage, nos deux héros se retrouvent finalement dans l’église où se trouve le Kudets. Dans un Flashback, on apprend que l’évènement traumatique de la vie de la protagoniste est le meurtre de son amant par son père. Les deux amis entrent alors dans la salle où se trouve le vase par effraction, et alors qu’ils se débattent, le prêtre qui y était stationné est touché d’une balle de fusil qu’un policier a tiré, et Indika et Ilya sont accusés de ce meurtre. Alors que les policiers sont tout autour d’eux et les demandent de sortir, ils essaient désespérément de faire en sorte que le bras d’Ilya reçoive la guérison promise grâce au vase magique. Mais rien ne se passe. Dieu les a abandonnés et la situation semble sans issue. Indika est alors emmenée en prison en attendant la peine de mort. Pour s’en sortir, elle sera victime d’une agression sexuelle d’un garde qui lui promet en échange de cet acte la libération. Pendant que l’acte est en train d’être commis, on est transporté dans la conscience d’Indika où se déroule une discussion entre Indika et le démon qui est en elle depuis le début alors que les deux sont en train de tomber dans le vide. Indika tente désespérément de rester attaché à sa foi chrétienne, mais les arguments du démon contredisent chacun des siens. Pendant que cette discussion est en train de se dérouler, on voit « les points de fois » qu’Indika collectionne depuis le début du jeu tomber petit à petit à zéro. Alors que l’homme en train de commettre le viol fini, il se retire et refuse à Indika la libération. C’est alors que le démon aide Indika à sortir de prison en empêchant au garde de bouger. En fuyant de la prison, Indika retrouve Ilya qui semble ivre et lui annonce qu’il a échangé le vase Kudets contre un trombone. Il semble avoir abandonné la foi en Dieu. Indika, dans un acte désespéré, va au préteur sur gage où Ilya a échangé le vase pour tenter de se libérer du démon qui est en elle. En ouvrant le vase, elle se rend compte qu’il est vide, et à chaque fois qu’elle le secoue, elle gagne des « points de foi » montrant symboliquement que les bonnes actions qu’elle a faites depuis le début de sa vie ne sont qu’arbitraires, inutiles. Alors le démon qui la suivait disparaît, elle se lève et le jeu laisse place aux remerciements de fin.

Critique et réflexion théologique

Indika est un jeu extrêmement original. Que ce soit dans les thèmes abordés, l’architecture même du jeu et la subversion des attentes. Mais une grande critique négative que je peux faire est ce que les créateurs du jeu ont eu un grand nombre de bonnes idées mais n’nt pas réussi a bien les mettre en place. Mais de manière générale, le jeu fait très bien ce qu’il promet. En tant que joueur, nous faisons clairement partie de l’histoire. Nous réfléchissons avec la protagoniste et nous ressentons la souffrance des personnages. Ce jeu aussi met bien en œuvre le sentiment que nos actions ne servent à rien. Dès le début du jeu, les tâches qui sont demandées à Indika n’ont que très peu d’utilité et la lettre qui met en action l’histoire du jeu n’est grossièrement qu’une façon de demander à la protagoniste d’aller voir ailleurs. Notre sens de la vie est mis en question. Le personnage d’Indika est utilisé comme une critique de l’Église de multitude et du fanatisme religieux.
La morale de la fin est que le bien et le mal sont complémentaires et que l’individu ne peut qu’être heureux quand il se détache d’une philosophie moralisatrice (et donc rejeter la religion). La question que je me suis posée tout au long du jeu est la suivante : comment, ce jeu peut aider les chrétiens évangéliques à réfléchir sur la religion ? Ce jeu représente bien mon objectif avec cet humble blog. Je veux inspecter la pop culture et voir comment le message qu’il nous propose peut nous rapprocher de Jésus. Dans le cas de cette œuvre, la finalité est de nous encouragée de sortir d’une forme de religion organisée pour trouver la vraie liberté. L’objectif de ce jeu est donc, l’inverse de mon objectif. Bon, nous avons donc un problème… L’enjeu est donc de montrer qu’est-ce que nous pouvons garder et qu’est-ce qui est à rejeter de la morale que le jeu souhaite transmettre au joueur. L’ensemble du jeu est une caricature de la religion. Il raconte l’histoire d’une personne forcée de donner sa vie à l’Église. Le jeu nous montre que tout au long de sa vie, elle n’a jamais réellement fait le choix de donner sa vie à Dieu ; toute sa vie, ses choix ont été influencés par les personnes autour d’elle. La vraie liberté est de choisir pour soi-même. De vivre en liberté, affranchie de toute contrainte éthique et de vivre par la raison. Cette idéologie n’est pas entièrement opposée à la théologie chrétienne. Dieu veut que nous le suivions de tout notre cœur, âme et pensée (Matt. 22.37) et ne pas seulement répliquer les choix des personnes autour de nous. Mais la fin du jeu est une vision d’horreur. Indika se rend compte que tout ce sur quoi elle a construit sa vie n’est que de la poudre aux yeux. Sa quête de la vérité ne pouvait que mener à la tristesse et le vide. En tant que Chrétien (étudiant en théologie en plus !), je me retrouve beaucoup dans cette critique de la religion. La notion de bâtir sa vie sur quelque chose qui est faux me met froid dans le dos. Mais là où je trouve, le réconfort est dans la notion que la Bible montre que ce doute est quelque chose de normal, que notre justification ne se fait pas par des actes ou des éléments hors de notre contrôle, mais par la foi. La Bible nous dit simplement qu’elle est la réalité. Nous sommes tous appelés à questionner notre foi (Phil. 2.12-13), mais la finalité de ce doute nous permettra de mieux comprendre le fondement de notre vie. Dieu guide nos vies, mais se rend accessible. Dans notre quête de vérité et dans le doute, il ne faut pas oublier cette promesse qui nous est faite. Le jeu nous montre une vision du monde ou cette quête de sens n’a rien sur quoi retomber. C’est pour moi la grande critique de ce jeu à mes yeux, en faisant une critique trop forte du christianisme et de la religion organisée, la finalité de ce jeu est beaucoup plus triste que la situation initiale. Le vide présenté à la fin est beaucoup plus triste que la situation abusive du départ.

Conclusion

Indika est un jeu extraordinaire, ses graphismes, ses paysages, dialogues et contexte font de ce jeu un bijou indé. Le jeu est fortement marqué par la vision du monde de son créateur, un athée convaincu. Ce qui donne au jeu une tournure macabre et dénuée de sens. La conclusion nous montre que le monde est en quelque sorte vide de sens et que le bien et le mal sont interdépendants. Ce jeu est une superbe critique de la foi chrétienne. En tant que chrétiens ce jeu nous permet de mieux comprendre les critiques qui sont faites à la religion et nous permet aussi de remettre en question certaines idées que nous avons peur de confronter. Je vous encourage tous à continuer dans cette recherche. Creusez votre foi, posez des questions quand vous en avez, et n’oubliez jamais qu’à l’autre bout de ce tunnel est un Dieu parfait, aimant qui se révèle et qui nous veut dans sa création renouvelée. Faire cette démarche nécessite une foi solide, mais c’est loin d’être inatteignable. Je prie que votre quête vous mène toujours plus proche du Dieu qui est tout en tous.

Copyright: Attribution-NonCommercial-ShareAlike 4.0 International (CC BY-NC-SA 4.0)

Auteur: William Farelly

Publié le: 7 juin 2024