Théologie 19 février 2025

Brèves réflexions baseballistique

Tous les ans, c’est la même chose. Je suis fan de l’équipe de baseball des Mariners de Seattle depuis mon enfance. C’est une équipe qui occupe une place importante dans mon cœur, mais c’est aussi l’une des moins performantes de la ligue. L’équipe est loin d’être mauvaise, mais année après année, elle déçoit ses fans en étant éliminée prématurément.
Le baseball est un sport comme aucun autre : chaque équipe joue presque tous les jours, pendant une période de presque 5 mois. Les joueurs jouent 126 matchs par an. Ce qui explique qu’être fan de baseball, c’est un investissement sur la durée. Toutes les équipes (et donc tous les joueurs) sont à la recherche de la même chose : gagner la grande finale, les World Series ! Les Mariners de Seattle (que je ne citerai désormais que par leur nom d’équipe : les Mariners) sont la seule équipe de toute la ligue à ne jamais avoir atteint la finale. Depuis leur création en 1970, les supporters se rassemblent donc tous les ans avec le même espoir, investissent du temps et de l’argent pour suivre les matchs, pour finalement voir leur espoir brisé. La saison s’est achevée cette année encore, et comme les 50 précédentes, nous, les supporters de l’équipe, avons encore été déçus. Mais comme chaque année, nous, les fans, ne perdons pas espoir. Bien que cette saison ait une nouvelle fois été décevante pour de nombreuses raisons, nous ne sommes pas abattus. Certains diront que c’est parce que nous avons l’habitude de perdre, mais ce n’est qu’en partie vrai. La vraie raison est que notre espoir ne repose ni sur les joueurs, ni sur le leadership de l’équipe. Nous gardons la tête haute parce que cette équipe représente bien plus qu’une franchise avec un palmarès ridicule. C’est une communauté, une ville et ses habitants. C’est elle qui nous rassemble, malgré les hauts et les bas de l’équipe. Nous sommes fédérés autour de cet espoir commun : qu’un jour le trophée des World Series puisse enfin séjourner à Seattle.
Je vois beaucoup de parallèles entre cela et la vie chrétienne. D’une part, nous, chrétiens, sommes dans l’attente de quelque chose qui peut avoir l’air de ne jamais arriver. Une attente de quelque chose qui en vaut tellement la peine que nous sommes prêts à attendre plus de 2 000 ans pour que notre espoir se concrétise enfin. Ma génération est tellement éloignée de celle à qui Jésus a fait cette promesse que nous vivons nos vies comme si ce moment n’arriverait jamais (ou en tout cas pas pendant notre vie). Mais toutefois, et c’est même paradoxal, notre investissement dans l’Église ne semble pas être affecté par cela. Notre vie n’est pas structurée autour du fait que Jésus pourrait revenir d’une façon imminente, mais cela ne nous empêche pas de participer à l’église. Cela ne nous empêche pas de vivre une relation de confiance avec Dieu, à l’image de fans d’une équipe de baseball qui ne gagne pas. Nous ne perdons pas espoir parce que nous serions déçus que Jésus ne revienne pas, mais notre espoir de son retour est bien plus grand que notre déception ! Nous ne sommes pas esclaves de cette attente, nous ne sommes pas hédonistes en cherchant constamment la joie, mais nous sommes satisfaits de vivre et d’être. Nous savons que la victoire est assurée et qu’un jour ce sera à notre tour de pouvoir célébrer la victoire.
Un autre point de rapprochement que je trouve est que le sens de la communauté que je vis parmi les fans des Mariners est pour moi une leçon de ce que Dieu veut que nous vivions au sein de l’Église. Tristement, nos églises sont bien plus divisées que les fans d’une équipe. Si les églises ne sont pas divisées par des conflits internes, c’est simplement parce que nous ne vivons pas une communion fraternelle telle que celle que nous retrouvons dans la Bible. Nous sommes divisés par des opinions divergentes et nous nous focalisons davantage sur ce qui nous sépare que sur ce qui nous unit. Les fans de sport sont unis par un même point commun : qu’ils gagnent ou perdent, ils soutiennent toujours leur équipe. L’une des particularités du baseball est que les équipes perdent statistiquement un grand nombre de matchs par saison. Cette année, par exemple, la meilleure équipe n’a remporté que 60 % de ses matchs. Les fans de baseball ont l’habitude de perdre, de donner des secondes chances et d’être déçus. Vivre de cette façon nous rend beaucoup plus libres et renforce la communauté, car notre unité n’est pas basée sur le résultat, mais sur l’objet de notre amour. Cela va de soi, mais si cet amour est mal placé ou détourné vers quelque chose de secondaire, notre unité en est affectée également. Christ seul doit être ce qui nous unit au sein de l’Église. Rien dans l’histoire du monde n’a jamais été aussi fédérateur. Perdre de vue cet amour détruit notre unité et notre joie. Être une église christocentrée signifie que notre participation communautaire ne doit pas être motivée par des fins personnelles, comme l’espoir d’aller au paradis après la mort. Notre but en tant qu’Église est de montrer le Christ. Par les sacrements, nous nous souvenons de son action et nous participons à cette histoire communautairement.
Un dernier point de convergence que je vois est le fait que le temps que nous passons à suivre et à encourager l’équipe ne va pas se traduire par des résultats positifs. Nous ne changeons en rien le résultat des matchs en les regardant confortablement installés dans nos fauteuils ou canapés. Dans l’Église, nous sommes aussi de simples supporters inutiles. Nous sommes témoins de l’action de Dieu dans le monde. Nous voulons le voir agir, mais nous ne contrôlons pas les résultats. Ne nous trompons pas de place ! Nous ne sommes ni les joueurs sur le terrain de baseball, ni Dieu qui conduit Son Église. Que nous soyons visiteur, membre, conseiller ou même pasteur, nous devons fuir à tout prix cette pensée : C’est Dieu qui guide les choses, et nous ne sommes que des « serviteurs inutiles » (Luc 17.10). Cela ne signifie pas qu’il faille être oisif ou ne rien faire. Mais il faut comprendre que nos actions n’auront d’effet que si Dieu l’autorise, et que Dieu n’a pas besoin de nous pour accomplir son plan parfait. Ce que je viens de dire peut paraître rude au premier abord, mais en pratique, savoir que la finalité de nos actions appartient à Dieu est tellement libérateur.

Conclusion

J’aime énormément le baseball, c’est mon sport préféré, et surtout j’aime mon équipe. Avec une nouvelle saison qui commence en avril, je suis impatient de voir si elle va réussir ou non. C’est une équipe dotée de nombreux talents et qui semble très soudée. Mais même si cette année répète les mêmes échecs du passé, je serai quand même derrière eux, souhaitant le meilleur pour les Mariners. Ayons la même attitude avec l’Église : soyons attentifs mais encourageants. Soyons des membres encourageants, des supporters loyaux, et surtout ne perdons pas de vue notre objectif final : voir le royaume de Dieu sur Terre. En travaillant sans relâche, mais en n’oubliant pas que nous sommes des serviteurs inutiles. Au lieu d’un trophée, nous attendons avec impatience l’arrivée de la nouvelle création sur Terre, et plus encore, quand ce jour arrivera, nous verrons Dieu face à face. Dieu nous adressera alors ces paroles de sa propre bouche :

  1. […] « C’est bien ! Tu es un bon esclave, digne de confiance ! Tu as été digne de confiance pour une petite affaire, je te confierai de grandes responsabilités ; entre dans la joie de ton maître. » Matthieu 25:23 (NBS)

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Auteur: William Farelly

Publié le: 19 février 2025